Pourquoi je travaille sur des cassettes audio plutôt que sur une toile

Pourquoi je travaille sur des cassettes audio plutôt que sur une toile

La cassette audio n’est pas un support facile. Elle est irrégulière, technique, pleine de pièges. C’est exactement pour ça que je l’ai choisie. Comme le tatouage sur une peau, travailler sur un support difficile oblige à une précision que la toile ne demande pas.

Quand les gens découvrent mon travail, la première question est souvent la même. Pourquoi des cassettes ? Pourquoi pas une toile, une plaque de métal, du bois ?

La réponse courte : parce que c’est difficile.

La réponse longue, c’est cet article.

Vingt-cinq ans de tatouage m’ont appris une chose : travailler sur un support technique, irrégulier, vivant, oblige à une précision que les supports neutres ne demandent pas. Une toile pardonne. Une peau, non. Un engrenage de cassette non plus.

Quand j’ai cherché un support pour ma pratique du pochoir, je ne cherchais pas quelque chose de facile. Je cherchais quelque chose qui résiste, qui impose ses contraintes, qui oblige à être juste.

La cassette audio était ce support.

Un objet technique, pas une surface

Une cassette audio n’est pas plate. Elle a des reliefs, des engrenages, des retraits, des zones qui absorbent la peinture différemment. Quand on assemble plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de boîtiers pour composer un portrait, on travaille sur une topographie entière, pas sur une surface uniforme.

Le pochoir doit épouser tout ça, et chaque relief impose ses règles. J’ai détaillé cette contrainte dans l’article sur le pochoir sur cassettes audio.

Cette contrainte technique n’est pas un obstacle. C’est ce qui donne de la valeur au résultat. Quand le portrait fonctionne sur ce support, il fonctionne vraiment.

Ce que la cassette apporte que la toile n’a pas

Une toile est neutre. Elle n’a pas d’histoire avant que tu y touches. Une cassette audio a déjà vécu. Elle a contenu de la musique, de la voix, du silence enregistré. Elle a été tenue dans des mains, retournée, rembobinée. Certaines portent encore des inscriptions griffonnées à la main, des titres écrits au stylo bille il y a quarante ans.

Quand elle devient support d’un portrait, elle n’est pas vierge. Elle arrive avec quelque chose dedans. Et ce quelque chose reste présent dans l’œuvre finale, invisible mais réel.

C’est ce que j’appellerais de la densité. Une toile neuve n’en a pas. Une cassette récupérée en brocante, si.

Est-ce que c’est du recyclage ?

On me pose parfois la question sous l’angle écologique. Je ne vais pas prétendre que c’est ma motivation première.

Je chine des cassettes chaque dimanche parce que ce sont ces objets-là qui m’intéressent, pas pour réduire mon empreinte carbone. La conséquence écologique existe : des centaines de boîtiers plastique qui ne finissent pas à la déchetterie, mais elle est secondaire.

Ce qui m’intéresse, c’est la matière. Sa résistance, son histoire, ce qu’elle impose comme contraintes, exactement comme la peau impose ses contraintes au tatoueur. Le support difficile oblige à être meilleur. Et quand on y arrive, le résultat porte cette difficulté en lui.

C’est pour ça que je travaille sur des cassettes plutôt que sur une toile.

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